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Philomène

Vandeuil, protégé par Sainte Philomène

 

L'absence de monument aux morts

En France, très peu de villages ne possèdent pas de monuments aux morts. Nous avons traversé de si nombreuses guerres que cette situation est relativement rare. Vandeuil présente cette exception.

Un article paru dans le bulletin municipal : « Histoire d'une tradition perdue par F. Mourra», apporte des éléments de réponses. En voici le récit.

Tout débuta par un banal coup de téléphone peu avant le 11 novembre 1985.

« Allo, Monsieur Mourra ? Ici Pascal Dejean, journaliste à l'Union. Je cherche à entrer en contact avec le maire du village ». Le journaliste m'expliqua qu'il y a environ un an, il lui avait été signalé l'absence de monument aux morts dans notre village et qu'un reportage sur ce sujet pourrait intéresser ses lecteurs. Au moment  de préparer les articles qui devaient paraître et traiter des commémorations du 11 novembre, Pascal Dejean s'était dit qu'il serait original de parler de cette commune sans monument plutôt que de photographier les classiques dépôts de gerbes dans les communes des environs.

Rendez-vous fut donc pris à mon domicile pour le matin du 11 novembre. Et c'est ainsi que, pour une fois à Vandeuil, nous nous sommes retrouvés avec quelques anciens que j'avais conviés en train d'évoquer des événements que, personnellement, je n'avais pas vécus. J'avoue avoir toujours été étonné par la passion et la ferveur avec lesquelles les anciens parlent de leur passé militaire.

Notre ami, Raymond Senlis, doyen du village, avait apporté la liste des soldats mobilisés en 1914 et partis au combat, liste qu'il s'était scrupuleusement remémoré en prévision de notre rencontre. Avec son calme habituel, il commenta de vieilles photographies que j'avais retrouvées et qui montraient un spectacle du théâtre aux armées organisé dans le parc du château de Vandeuil. Il se souvenait parfaitement de cet événement. Il avait alors 14 ans, lorsqu'il assista à cette manifestation.

De la vingtaine de noms signalés, certains correspondent encore à des familles encore présentes au village, tels Jean Malatrait, Jules Griffon, Jules Harsée, Théodore Fournaise... alors que d'autres n'évoquent plus pour les jeunes générations que de vagues souvenirs comme Clovis Beaudoin, Léon Hanon, Georges Lopin... Ils concernent des familles qui se sont éteintes, ont émigré au fil des ans vers d'autres horizons, ou ne possédaient pas d'héritiers mâles susceptibles de transmettre le nom. Quoi qu'il en soit, tous ces jeunes partis à la grande guerre sont revenus, parfois blessés mais vivants, au village !

Lors de la seconde guerre mondiale, c'est une dizaine de villageois qui furent mobilisés et qui, là encore, revinrent tous à la fin des hostilités. Les Vandoliens seraient-ils immortels dès qu'ils combattent sous la bannière bleu-blanc-rouge ? On serait tenté de le penser. D'autant que lors de la guerre d'Indochine, tous les jeunes appelés revinrent sans blessure. Enfin, lors du conflit algérien, 10% de la population de Vandeuil a été incorporée alors que la moyenne nationale était de 5%. Et pourtant en dépit de ces chiffres, le deuil ne fut pas porté dans le village.

Au fil des commentaires des anciens qui soulignèrent le courage déployé par les Vandoliens en armes, la même question vint à l'esprit de Pascal Dejean et moi-même : pourquoi les Vandoliens avaient-ils traversé les différentes guerres depuis 1870 sans compter une seule perte humaine ? Est-ce la chance, le hasard ou le bon génie qui veillait sur nos courageux concitoyens? Après un long moment d'interrogation, Raymond Malatrait rompit le silence en déclarant : « On m'a toujours dit que Sainte Philomène nous protégeait ! ». Mais qui donc était cette Sainte dont le nom n'évoquait en moi qu'un bien vague souvenir ?

Serge Griffon apporta alors des éléments d'explication : « Sainte Philomène était la patronne du village. De tout temps, les habitants l'honoraient le dimanche suivant l'ascension en organisant une procession qui sillonnait les rues du village. Les jeunes filles du pays précédaient les porteurs de la statue en bois en jetant des pétales de roses sur le parcours. Les Vandoliens suivaient en chantant un cantique composé spécialement à la gloire de Sainte Philomène. C'était un événement important de la vie et les dernières cérémonies ont dû avoir lieu dans les années soixante. »

Mais, avez-vous conservé cette statue ? interrogea le journaliste.

« Peut-être est-elle encore dans l'église, nous ne nous souvenons pas l'avoir vue depuis longtemps », répliquèrent les anciens. « Pourrions-nous nous y rendre pour tenter de la retrouver ? » insista Pascal Dejean. C'est ainsi que notre petite troupe se dirigea vers l'église, et se retrouva près de l'autel face à la statue en plâtre de Ste Philomène, voisine de Saint Vincent, patron des vignerons.

« Mais la statue originale portée lors des processions était en bois et non en plâtre », rappela Serge Griffon. « En 1961, lorsqu'elle fut enlevée du calendrier, je me souviens que Monsieur le Curé l'a remisée au-dessus de la sacristie », poursuivit-il.

STE PHILOMENE

 

C'est alors que tous les yeux s'élevèrent vers le plafond.

Serge grimpa sur une chaise et pénétra dans le grenier. Après quelques instants d'attente, il réapparut en portant la fameuse statue en bois, couverte de poussière de toiles d'araignées et abimée par plusieurs impacts de balles ou d'éclats d'obus. « Son bras droit avait été cassé et c'est Paul Landet qui l'a recollé », se souvint Raymond.

 

 

De gauche à droite : Louis Kieffer, Raymond Senlis,
Serge Griffon, Raymond Malatrait et François Mourra...

 

 

Plusieurs questions me vinrent à l'esprit : Quelle était l'histoire de Sainte Philomène ? Pourquoi avait-elle été retirée du calendrier ?

Quelle était sa situation aujourd'hui ?

 

Sainte Philomène

Le 24 mai 1802, dans les catacombes de Priscillia, à Rome, lors de la recherche des tombes de martyrs romains, un tombeau est découvert. Devant celui-ci, se trouvent trois dalles en terre cuite, comporSte Philomène ancretant des inscriptions peintes en rouge « Lumena- Paxte- Cumfi ».

Sur ces dalles figurent également plusieurs emblèmes: une ancre (symbole d'espérance et de martyr), une palme (symbole du triomphe des martyrs), deux flèches orientées vers le haut et le bas, ainsi qu'une lance et un lys (symbole de pureté).

Le 25 mai, le tombeau est ouvert. C'est alors que furent mis à jour des restes humains et une ampoule de sang séché. Les médecins de l'époque constatèrent que le crâne avait été fracturé et que les restes étaient ceux d'une jeune fille âgée entre 12 et 15 ans. Ces signes les firent conclure que cette tombe ne pouvait être que celle d'un martyr.

Le 10 août 1805, les reliques sont transférées à l'église de Mugnano del Cardinale, dans le diocèse de Nola (près de Naples) et conservées sous l'un des autels. Le 4 août 1827, Léon XII fit présent à l'église des trois dalles en argile, portant l'inscription que l'on peut y voir encore aujourd'hui.

A la suite de faveurs merveilleuses (guérisons, miracles...), sa dévotion se diffuse rapidement, et le pape Grégoire XVI, lui-même témoin d'une guérison miraculeuse, autorise le culte de la sainte in honorem Philumenae virginis et martyris. Sa fête est fixée au 11 août sous Léon XIII.

C'est alors que certains soulèvent des doutes :

- Tout d'abord, l'ordre des dalles est curieux car la première aurait dû être placée en dernier pour donner : « Pax tecum filumina », la paix avec toi, Philomène.

- Le nom semble également poser problème, car quelque temps plus tard, il fut retrouvé une autre plaque sur laquelle était inscrit « filomena theou », aimée de Dieu. Philomène n'apparaissait plus comme nom propre mais comme qualificatif.

Le célèbre curé d'Ars, Jean Marie Vianney, obtint en son intercession de nombreuses grâces et de continuels prodiges.

Le pape Pie X  déclara alors : «  Que ce soit en son nom propre ou qu'elle en portât un autre, peu importe. »

Toutefois, à cause de ces suspicions,  en 1961, l'église supprime la fête de Ste Philomène des calendriers liturgiques. Ceci n'enlève rien à la sainteté de la vierge martyre et n'interdit en rien une dévotion envers elle. Le Pape Jean XXIII n'avait pas eu le temps de prendre pleinement connaissance de cette instruction au moment de sa signature et aurait plus tard pleuré amèrement en voyant ce qu'il avait signé. Depuis, on assiste à un retour au culte de Ste Philomène par les religieuses.

Aujourd'hui, on peut dire que l'existence de sainte Philomène n'est ni plus, ni moins prouvée - historiquement - que celle d'autres saints officiellement vénérés dans l'Église (saint Georges, par exemple). En conclusion la dévotion populaire à Ste Philomène, vierge et martyre, est actuellement bien vivante parmi le Peuple de Dieu ; elle jouit d'un statut ecclésial positif et d'une vénération généreusement grandissante. La sagesse des Papes et des Saints du passé a reconnu que l'« histoire » de la puissante intercession surnaturelle de Philomène pour l'Église était plus importante que l'« histoire » de son existence terrestre.